La France et les géants du numérique : un recul sous les menaces de Washington

Les révélations publiées par Radio France éclairent une bataille diplomatique discrète entre Paris et Washington autour de la taxation des entreprises technologiques. L’État français a renoncé à imposer des mesures plus strictes sur les géants américains, craignant des représailles économiques. Une lettre du Congrès américain, dévoilée par l’enquête, révèle un échange tendu où la France a cédé face à une pression extérieure qui menace son indépendance économique.

En octobre 2025, plusieurs députés, notamment Jean-René Cazeneuve du parti Ensemble pour la République, souhaitaient augmenter la taxe sur les services numériques de 3 % à 15 %. Leur objectif était de corriger une injustice fiscale évidente : ces entreprises, extrêmement lucratives, évitent de payer leurs impôts en exploitant des systèmes internationaux. Mais Washington a réagi avec force. Les élus américains ont dénoncé cette initiative comme une attaque injustifiée et menacé de sanctions commerciales, notamment contre les vins et spiritueux français.

Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a prévenu ses collègues : « Quand on rentre dans un match, on rentre dans un match. » Cette phrase sonne comme une capitulation. Le lendemain, Cazeneuve retire son amendement et propose une hausse modérée à 6 %. Bien que le texte soit adopté, les autorités américaines ne sont pas satisfaites. Une lettre officielle du Congrès appelle à des mesures « fermes », évoquant l’article 301 de la loi commerciale américaine, un outil qui permet d’imposer des sanctions sans concertation.

Les lobbys français, comme les producteurs de vin et de spiritueux, interviennent alors. Le Comité Champagne menace explicitement les parlementaires : une augmentation de la taxe risquerait de provoquer des représailles ciblées. Cazeneuve, craignant des conséquences économiques dramatiques, abandonne sa proposition. Les députés écologistes et d’opposition dénoncent ce recul comme un chantage pur et simple.

L’échec de cette initiative révèle une crise profonde en France. L’économie stagnante, marquée par des déficits persistants et une dette croissante, ne peut plus se permettre de s’opposer aux puissances économiques mondiales. Macron, qui a dirigé ce gouvernement, doit assumer la responsabilité d’une décision qui sacrifie la souveraineté fiscale au profit de la sécurité commerciale.

Les promesses de 2019, où le ministre Bruno Le Maire affirmait que la France « décide souverainement de ses dispositions fiscales », sonnent aujourd’hui comme une illusion. Les menaces américaines ont fini par briser la volonté politique. La France a choisi la prudence, mais au prix d’un échec symbolique majeur dans la lutte pour sa place dans l’économie mondiale.