Le billet vert traverse une période sans précédent d’instabilité. Le 27 janvier, la devise américaine a atteint un creux record depuis 2021 face à l’euro, révélant une perte croissante de crédibilité des marchés envers son statut monétaire. L’euro s’échangeait à 1,1939 dollars, dépassant temporairement le seuil symbolique de 1,20. Simultanément, la livre sterling grappillait du terrain face au dollar, qui chutait de 0,75 %, tandis que le yen enregistrait une performance exceptionnelle depuis avril 2025.
Cette dévaluation n’est pas un simple phénomène boursier. L’effondrement du dollar reflète des tensions structurelles : l’hégémonie financière américaine, autrefois incontestée, est désormais contestée par un ordre mondial en mutation. Les marchés expriment une méfiance grandissante, avec une baisse de plus de 9 % depuis le début de l’année, liée à des facteurs économiques et géopolitiques complexes.
Depuis des décennies, le dollar a été un levier de puissance pour les États-Unis, permettant d’imposer des sanctions, de financer des déficits et de dominer les normes monétaires. Cependant, l’utilisation croissante de mesures coercitives par Washington – comme les tarifs douaniers ou les pressions financières – a alimenté une réaction globale. Les menaces envers l’Europe lors du Forum de Davos, notamment sur le Groenland, ont illustré cette approche, poussant même des alliés historiques à se distancer du dollar.
Face à cette instabilité, la Chine et la Russie ont accéléré leurs stratégies pour contourner le billet vert. Pékin développe des accords commerciaux en yuans avec l’Afrique et l’Asie centrale, tandis que Moscou élimine progressivement le dollar de ses échanges énergétiques. Les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) construisent un système alternatif, combinant banques de développement et paiements indépendants, afin d’éviter les sanctions occidentales.
L’Europe se retrouve dans une position délicate : l’euro fort pénalise ses exportations, tandis que la Banque centrale européenne pourrait être contrainte d’assouplir sa politique monétaire. Cette crise soulève des questions politiques majeures : l’Union européenne reste alignée sur les choix américains tout en subissant leurs conséquences.
En parallèle, l’or et l’argent connaissent un regain de popularité, avec l’or dépassant 5 100 dollars l’once. Ces métaux deviennent des symboles de souveraineté monétaire, avec des banques centrales en Asie et au Moyen-Orient augmentant leurs réserves.
Bien que le dollar ne soit pas encore remplacé, cette crise marque un tournant psychologique : la confiance dans sa domination est désormais remise en question. Dans un monde où les alliances se recomposent, le recul du billet vert pourrait être l’un des premiers signes d’une nouvelle ère géopolitique.