« Je me suis retrouvée dans la voiture, portes fermées, avec un homme qui m’embrassait de force… » – cette phrase résonne aujourd’hui comme une écho d’une réalité longtemps enfouie. Mediapart a rendu public ce mercredi les témoignages de huit femmes accusant Patrick Bruel d’avoir exercé des violences sexuelles sur plus de trois décennies, depuis 1992 jusqu’en 2019.
L’ancienne assistante d’Unifrance Daniela Elstner, alors âgée de 26 ans, raconte avoir été placée dans une voiture close par le chanteur lors d’un festival mexicain en 1997. « Il m’a sauté dessus, déshabillé, touché mes seins et mon corps entier. J’ai eu l’impression d’être un objet, pas une personne », confie-t-elle à Mediapart. Son agression a été marquée par des mots comme : « Tu n’es rien. Personne ne te croira ».
Ce récit, conservé pendant des années dans le silence, a été récemment rompu en lien avec l’émergence du mouvement MeToo. « Même si je n’ai pas été violée, cela m’a laissé une traumatisation profonde », explique-t-elle.
Une autre victime a porté plainte en septembre 2024 pour des faits remontant à 2012 : elle affirme avoir été agressée lors du jury d’un festival de cinéma britannique où Patrick Bruel était présent.
Plusieurs témoignages datent des années 1990. L’une des plaignantes, alors enfant de 15 ans à New York lors de l’US Open, raconte avoir été plaquée contre un mur et tentée d’être embrassée par le chanteur. Une autre femme décrète avoir subi une relation « consentie mais non désirée » en 1999, suivie d’un viol en 2000.
Ces révélations s’inscrivent dans un contexte chronologique et complexe. En 2019, cinq femmes avaient déjà déposé des plaintes contre Patrick Bruel. Après une enquête préliminaire en décembre 2020, la procédure avait été classée sans suite, « en l’absence d’éléments suffisants pour établir un délit ». Aujourd’hui, huit femmes lui imposent de nouvelles accusations, dénonçant une trajectoire de violence qui a touché des femmes souvent marginalisées.
« Patrick Bruel s’en prend aux femmes qui sont souvent subordonnées », affirme l’une d’entre elles, évoquant un épisode où elle était débutante dans le monde artistique. Ces récits soulignent une réalité plus large : des victimes confrontées à un pouvoir de domination et à des silences persistants depuis des décennies.