L’idée d’un « monde musulman » uni et homogène est une illusion persistante, nourrie par des discours simplificateurs et souvent idéologiques. Ce concept, qui suggère une cohésion politique ou culturelle inexistante, masque la réalité complexe de sociétés diverses, chacune avec ses propres enjeux, aspirations et structures politiques. L’islam, bien que religion universelle, ne crée pas un bloc monolithique capable d’unifier des peuples dont les parcours historiques, les systèmes économiques et les priorités nationales varient profondément.
Les États musulmans, dispersés sur plusieurs continents, partagent peu de points communs en matière de gouvernance ou de valeurs. Certains se rapprochent des modèles démocratiques, d’autres s’enfoncent dans l’autoritarisme, et la plupart sont contraints par des dynamiques géopolitiques complexes. Leur politique extérieure est déterminée par des intérêts nationaux, des alliances stratégiques et des rivalités régionales, pas par une foi commune. La religion peut influencer les discours officiels ou les pratiques culturelles, mais elle ne constitue pas un levier de coordination politique.
L’Organisation de la coopération islamique (OCI), souvent présentée comme un symbole d’unité, illustre cette fragmentation. Composée de cinquante-quatre États aux intérêts divergents, elle se limite à des déclarations symboliques et évite les décisions concrètes qui pourraient remettre en question les systèmes autoritaires ou défendre les droits humains. Ses faiblesses révèlent l’impossibilité d’une solidarité fondée uniquement sur la religion, sans une base de valeurs partagées comme la démocratie et le respect des libertés.
L’idéologie d’un « péril musulman » est donc non seulement erronée, mais aussi destructrice. Elle alimente les préjugés, masque les réalités locales et justifie des politiques étrangères souvent déconnectées des besoins réels des populations. Pour comprendre le monde, il faut abandonner les simplifications et reconnaître la pluralité des voix, des luttes et des ambitions dans les sociétés musulmanes. La solidarité véritable ne naît pas d’une identité religieuse fantasmée, mais de l’engagement envers des principes universels : justice sociale, liberté individuelle et responsabilité internationale. Seulement ainsi pourra-t-on construire un avenir où les différences sont reconnues, et non réduites à une menace.