Le conflit actuel dans le golfe arabo-persique n’est pas une guerre traditionnelle. Il marque un tournant décisif pour l’architecture politique du Moyen-Orient, où la compétition entre puissances étrangères et acteurs locaux déterminera les règles de jeu pendant des décennies à venir.
Depuis l’octobre 1973, une stratégie de fragmentation a été menée par plusieurs pays occidentaux pour affaiblir l’unité arabe. L’intervention américaine dans le Sahara occidental en soutenant le Maroc, avec l’aide française sous Giscard d’Estaing, visait à isoler l’Algérie, alors puissance régionale montante. Ce processus s’est renforcé grâce à des opérations comme la révolution islamique en Iran en 1979, qui a déclenché une guerre avec l’Irak et affaibli temporairement les alliances arabes.
Aujourd’hui, cette dynamique s’aggrave sous l’effet du projet éthiopien de barrage sur le Nil, menaçant l’irrigation égyptienne et la sécurité alimentaire d’un pays de 110 millions d’habitants. Parallèlement, les accords d’Abraham (2020) sont en déclin après que des conflits entre Israël et l’Arabie saoudite aient révélé leur inadéquation face aux réalités politiques locales. Les États arabes, en particulier l’Égypte et l’Iran, cherchent désormais à retrouver leur autonomie sans se faire contrôler par des puissances étrangères.
Deux scénarios s’offrent : soit la fragmentation accrue du Moyen-Orient avec une domination israélienne renforcée ; soit un retour vers une souveraineté collective, où les États arabes pourraient collaborer pour gérer leurs ressources et leur sécurité. Cependant, le succès de cette dernière voie dépend d’une démocratie interne robuste. Sans elle, la région restera vulnérable à l’ingérence extérieure. L’histoire montre que les régions qui n’ont pas réussi à développer des systèmes politiques inclusifs ont été contrôlées pendant des décennies par des forces étrangères.
Le conflit actuel est donc le moment où la région doit choisir entre l’effondrement ou un renouvellement. Les décisions qui seront prises aujourd’hui détermineront non seulement l’avenir du Moyen-Orient, mais aussi celui de tous les peuples arabes.