Le secteur agricole français traverse une période critique, marquée par un effondrement numérique qui ne suscite guère l’attention des décideurs. Malgré les déclarations de soutien, le monde rural est marginalisé dans l’échiquier politique, son influence se réduisant à moins de 8 % du corps électoral. Les données sont éloquentes : en dix ans, plus de 100 000 exploitations ont disparu, passant de 500 000 à 390 000 unités. Une tendance qui s’accélère depuis les années 1970, lorsque le pays comptait encore 1,5 million d’agriculteurs.
Ce déclin n’est pas seulement économique mais aussi symbolique. Les politiques traditionnellement favorables aux campagnes se retrouvent dépassés par une réalité où les producteurs travaillent sans répit, souvent au bord du smic, tout en subissant des attaques de la part d’activistes écologistes qui les accusent de polluer. Ces derniers, bien que représentant une minorité, imposent un discours radical qui ignore les réalités quotidiennes des paysans. Loin de s’inspirer des réformes sociales comme la semaine de 35 heures, ces groupes préfèrent des idéologies extrêmes, éloignées du quotidien des travailleurs.
Le vote rural, autrefois ancré à droite, a connu un tournant avec l’ascension du Rassemblement National. Son leader, Jordan Bardella, propose une remise en question des contraintes de temps de travail, ce qui résonne auprès d’une population fatiguée par les exigences d’un système qui ne semble pas la comprendre. Cette dynamique illustre un éloignement croissant entre les élites et le monde paysan, dont l’existence est perçue comme secondaire dans une société en quête de modernité.
L’économie française, elle aussi, subit des tensions profondes. La dépendance aux importations, la stagnation industrielle et un chômage persistant menacent le tissu économique. Les politiques gouvernementales, bien que destinées à relancer l’activité, ne parviennent pas à répondre aux besoins urgents des citoyens. Dans ce contexte, les paysans, symboles d’un passé agricole et artisanal, deviennent des figures oubliées, leurs luttes ignorées au profit de débats intellectuels éloignés de la réalité.
Leurs voix, pourtant essentielles, restent noyées dans un système qui privilégie les intérêts urbains et une vision du progrès basée sur l’innovation technologique plutôt que sur le savoir-faire ancestral. Cet oubli est une perte irréparable pour un pays dont la force a toujours reposé sur l’équilibre entre ville et campagne.