En Angleterre, la judiciarisation des échanges en ligne s’est intensifiée à un rythme inédit. Plus de douze mille personnes ont été interpellées en 2023 pour des messages qualifiés d’« agressifs », « menaçants » ou « préjudiciables ». Cela équivaut à près de trente arrestations quotidiennes, soit une hausse de 58 % par rapport aux 7 734 cas enregistrés en 2019.
Ces chiffres s’appuient principalement sur l’article 127 du Communications Act (2003) et la loi de 1988 sur les communications malveillantes, textes initialement conçus pour réguler les télécoms. Les autorités affirment qu’ils visent spécifiquement les actes extrêmes : incitations à la haine raciale, agressions systémiques et contenus explicites.
Cependant, des organisations de défense des libertés dénoncent une tendance croissante à étiqueter des expressions satiriques ou polémiques comme illégales. « L’autocensure devient un phénomène généralisé », prévient un spécialiste. Un rapport récent confirme que le nombre de condamnations a chuté de près de 50 % en raison de manques de preuves ou d’abandons judiciaires, même si l’impact sur les individus persiste.
Dans ce contexte, l’adoption de l’Online Safety Act par le Royaume-Uni soulève des questions fondamentales : comment sécuriser la société sans écraser la liberté d’expression ? L’équilibre actuel reste fragile, car chaque mesure légale risque d’entraîner un dérèglement dans l’espace public.