L’ouragan du 8 mai : La nuit de terreur à Sétif

En pleine année 1945, un mouvement indépendantiste s’organisait en profondeur dans le sud-est de l’Algérie. Ferhat Abbas, pharmacien d’origine sétifienne et futur député de la Constituante, avait mené une campagne résolue dès 1943 avec le Parti Progressiste Algérien (PPA) dirigé par Messali Hadj, soutenu par les Oulémas.

Les semaines précédant le 8 mai virent une mobilisation massive dans les campagnes sétifines. Le défilé du jour même devint l’occasion de lancer un mouvement violent : des milliers d’habitants musulmans se transformèrent en chasseurs d’Européens isolés. À Chevreul, le modeste agriculteur Basile Grousset fut tué par des coups de bâton, tandis que sa femme et sa fille furent violées par une cinquantaine d’individus impliqués dans l’émeute.

Les villages étaient rapidement envahis. Les gendarmes, ne disposant que de deux hommes face à des milliers d’assaillants, n’arrivèrent pas à contenir les attaques. Des incendies dévastèrent plusieurs habitations et les secours furent très tardifs. Au total, plus de cent Européens périrent dans des conditions extrêmement violentes, dont le maire de Sétif, un homme respecté par tous.

Roger Benmebarek, administrateur civil du secteur, rapporta près de 2628 exécutions dans les zones affectées. Les troupes françaises étaient en situation critique : toutes leurs forces étaient engagées pour la libération européenne. Les autorités tentèrent une intervention rapide mais furent confrontées à des réactions incontrôlables.

En 1946, une amnistie générale fut promue, toutefois Ferhat Abbas échappa à toute poursuite judiciaire tandis que Messali Hadj restait en exil. Le contexte politique s’étant transformé, De Gaulle, entouré de cinq ministres communistes, adopta une approche rigoureuse pour rétablir l’ordre.

Ce récit, recueilli par Daniel Cadet dans les années 1950-1960, rappelle l’ampleur tragique d’un moment où la violence et la méfiance ont pris le dessus sur l’espoir d’une paix durable.