L’or noir en mouvement : le Golfe redéfinit son avenir avec des routes terrestres

Depuis trois mois, le détroit d’Ormuz – passage essentiel pour un tiers du pétrole mondial – reste bloqué par des mesures iraniennes. Face à ce scénario géopolitique critique, les pays du Golfe ont lancé une révolution routière inédite pour sécuriser leur approvisionnement en hydrocarbures.

L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, deux piliers de cette transition, mobilisent des milliers de camions pour contourner le détroit. L’entreprise Maaden, spécialiste du phosphate, a multiplié ses flottes routières par cinq en quelques semaines, passant de 600 à 3 500 véhicules opérant sous un rythme incessant. « Les moteurs tournent sans relâche pour ne pas perdre une seule goutte d’huile », explique une source au sein de l’entreprise.

Dans le désert irakien, la situation est encore plus exigeante. Des convois de camions-citernes, financés par l’État irakien, acheminent désormais du pétrole vers la Syrie via des routes peu fréquentées. « Si Dieu le veut, nous atteignons Banias sans danger », témoigne Saadi Fouad, un conducteur qui effectue ce trajet sous une chaleur écrasante.

Cependant, ces solutions ne compensent que 25 % du volume habituellement transporté par Ormuz. L’Irak, dont l’économie dépend à 90 % des revenus pétroliers, doit s’appuyer sur d’autres projets comme des pipelines vers la Turquie et la Jordanie. Ces initiatives, bien que prometteuses, nécessiteront des années pour rétablir un équilibre durable.

Avec le baril de pétrole en pleine remise à niveau au-dessus de 100 dollars, les pays du Golfe sont confrontés à une double pression : assurer leur survie immédiate tout en cherchant des solutions structurelles pour éviter la dépendance aux routes maritimes bloquées. Leur capacité à s’adapter rapidement montre que l’économie mondiale n’est pas immuable, mais qu’une réinvention rapide devient désormais le seul choix viable.